Σumar DERWIC

Omar Derouich : “Tilelli risque à tout moment de s’éteindre”

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Omar Derouich est poète et nouvelliste. Il est l’un des détenus de l’affaire Tilelli en 1994. Il vit à Tighremt n Imgunn (Ouarzazat).
dans cet entretien qu’il a eu l’amabilité de nous accorder, nous avons essayé de passer en revue, avec lui, les vingt ans qui ont suivi ce qui convient d’appeler ’l’affaire Tilelli”. Nous avons, bien entendu, également évoqué les événements de 1994.

Idlesmagazine.com : Comment s’était déroulée votre arrestation et pourquoi vous avez été arrêtés ?

Omar Derouich : Il ne s’agissait pas d’une arrestation mais d’un rapt ! J’étais en classe quand Hammou, un policier travaillant au commissariat de Tizi n Yimnayen (Goulmima), vint en tenue civile accompagné d’un élément étranger – peut-être de la DST marocaine –et demandait une minute d’entrevue avec moi. Je sortis de l’école et les deux hommes me poussaient à l’intérieur d’une voiture qui me déposa au commissariat de police au centre de Tizi n Yimnayen. Là, j’ai attendu un bon moment avant de voir arriver mes camarades associatifs : Mbarek TAOUS et Ali HARCHERRAS, deux militants et membres de l’Association TILELLI de Tizi n Yimnayen, et enfin Ahmed KIKICH, un enseignant syndicaliste, nous rejoignit. L’après-midi, tout le groupe fût transporté dans un fourgon de la police marocaine vers le commissariat d’Imteghren (Errachidia). Là, nous trouvâmes le militant Ali IKKEN, son camarade Saïd JAAFAR ainsi que l’enseignant Ali OUCHNA.
Dans la nuit, nous subîmes des interrogatoires policiers les yeux bandés puis nous fûmes transférés à la Prison de Touchka d’Imteghren.

© ILAYTMAS

© ILAYTMAS

Idlesmagazine.com : Parlez-nous des conditions de votre détention.

Omar Derouich: Au début, nous nous demandions pourquoi nous étions arrêtés ; et bien sûr nous trouvâmes la réponse qui réside dans nos activités culturelles amazighes. D’après les questions de l’enquête policière, j’ai déduit que ce sont mes déplacements en Kabylie en 1991, 1992 et 1993 ainsi que mes relations avec des Amazighs non marocains qui intéressaient les enquêteurs.

Personnellement, je n’ai pas été torturé mais c’était cette injustice et ce mépris qui me torturaient l’âme.
Dans la prison, nous étions emprisonnés comme des voyous ou des criminels ; ce qui nous avait tellement choqué. Au début, on nous avait dispersés dans des chambrées bondées de monde, puis grâce à notre indignation et notre réclamation, nous avons réussi à nous faire rassembler tout en partageant une chambrée avec des détenus de droit commun.

Idlesmagazine.com : Que reste-t-il de l’affaire Tilelli, vingt ans après ?

Omar Derouich: L’affaire Tilelli reste un repère historique pour les militants amazighs et amazighophones. Il est regrettable que la plupart des associations amazighes n’ont pas résisté aux coups directs et indirects du pouvoir. N’oublions pas qu’un certain discours négatif du MCA (Mouvement culturel amazigh) a joué contre la motivation des militants et l’exploitation de l’affaire Tilelli.

Idlesmagazine.com : L’affaire Tilelli a marqué un tournant décisif dans l’histoire du Mouvement Culturel Amazigh, mais on a de plus en plus l’impression que ce rôle a été occulté. Pour quelles raisons à votre avis ?

Omar Derouich: Il est vrai que des milieux amazighs proches du pouvoir marocain ont une grande part de responsabilité dans l’occultation du rôle de l’Association Tilelli ainsi que dans la guerre froide contre son courant qui gênait. La création de l’IRCAM (Institut royal de la culture amazighe) et l’instrumentalisation du tissu associatif amazigh à laquelle il s’est livré grâce à son budget annuel alléchant a déstabilisé la mouvance amazighe. Quant au MCA à l’université, ce mouvement a été malmené par le terrorisme arabiste soutenu par la police marocaine ; ce qui n’a pas permis aux militants de mieux penser et de passer à l’offensive nécessaire. Les nombreuses attaques des groupuscules arabistes désespérés ont poussé les militants à se contenter de défense et d’attentisme.

Idlesmagazine.com : Que reste-t-il aussi de l’Association Tilelli ?

Omar Derouich: L’Association Tilelli vit des moments difficiles. Elle risque à tout moment de s’éteindre, car l’aide se fait de plus en plus rare et le renouvellement de ses instances se trouve face au vide. Il n’y a que l’indifférence et le désengagement des “militants” qui savent produire des discours creux sur Tilelli, Goulmima et le Sud-Est. Malgré cette réalité amère, notre association demeure un modèle à exploiter et à développer. Le travail associatif et culturel amazigh n’est pas épuisé, contrairement aux déclarations trompeuses de certains meneurs en coulisses.

Idlesmagazine.com : Que représente Tilelli pour vous ?

Omar Derouich: Tilelli est une école où j’ai réussi à me former. Grâce à notre chère association, j’ai partagé des moments inoubliables de chaleur humaine et de bonheur. Et dans toute relation humaine, nous ne pouvons jamais essuyer des regrets et des déceptions car nous avons aussi affaire à des gens ignorants ou des individus malintentionnés.

C’est au sein de l’Association TILELLI que j’ai appris à ne pas baisser les bras et à garder l’espoir d’être libre ou libéré.

Propos recueillis par

A. Azergui

Tasghunt Idles

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