Amyaru d umedyaz Ameẓyan KEZZAR

ENTRETIEN AVEC AMEZIAN KEZZAR

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L’écrit en berbère est presque symbolique

Idles Magazine : Peu de gens vous connaissent, vous qui êtes un poète et un écrivain amazigh ?

Amezian Kezzar : Suis-je vraiment poète ? Probablement pas, c’est peut-être pour cette raison que peu de gens me connaissent. Soyons réalistes, je suis dans la même situation que notre culture, qui est peu connue, peu demandée et peu diffusée. L’écrit en berbère est presque symbolique, les livres se vendent rarement, ils ne sont là que pour meubler les expositions, les colloques et les festivals, puis pour rassurer les militants pour qui l’essentiel, c’est d’écrire et de produire.

Idles Magazine :Ceux qui vous connaissent savent que vous êtes un homme pour qui le mot a une importance ?

Amezian Kezzar :Encore faut-il avoir beaucoup et tous les mots à sa disposition. En Berbère, ce n’est pas le cas, on travaille avec ce qu’on a, d’où la difficulté d’aller parfois au fond des choses. Comme la plupart de ceux qui écrivent en berbère, je prends donc les mots que j’ai sous la main. Il m’arrive d’utiliser des néologismes, mais cela me laisse perplexe et plein de doute quant à leur justesse et leur efficacité. Ils rendent souvent le texte lourd et compliqué à lire.
C’est très frustrant quand on aborde certaines disciplines comme la philosophie et les sciences. Le berbère ne conceptualise pas encore ou peu. En dehors de la poésie où l’on arrive à créér de jolis textes, grâce bien entendu aux moules traditionnels, la plupart du temps, on se heurte à des problèmes dû bien sûr à la pauvreté lexicale qui existe dans nos différentes langues.

Idles Magazine :Vous avez écrit des textes pour Idir. Quelles sont les chansons que vous avez adaptées et qui sont connues ?

Amezian Kezzar :Idir que je salue et que je remercie au passage d’avoir chanté certains de mes textes, lesquels qui sont sûrement plus connus que moi, puisque Idir est écouté partout. J’ai écrit aussi d’autres textes pour d’autres interprètes moins connus qu’Idir, mais qui ont beaucoup de talent, notamment Sidi Bémol, en l’occurence les chants marins en kabyle où j’ai puisé beaucoup de mots dans le lexique marin de tacelhit. J’en ai écrit aussi pour Mohand Ouali, ancien musicien du groupe Imazighen Imula, dont la chanson la plus connue est Tibratin/Les lettres, un texte de Maxime Le Foretier, adaptée du français vers le kabyle.

Idles Magazine :Vous avez traduit beaucoup de textes en berbère, pourquoi la traduction ?

Amezian Kezzar :Oui, j’ai traduit des textes du français vers le kabyle, puis de l’anglais vers le kabyle et certains de ces textes ont été chantés comme je l’ai déjà signalé en répondant à la question précédente. Quant aux livres, j’ai édité déjà deux chez les Editions Achab, le premier s’intitule “Aghyul n Djandjis”, adaptation de “Exercices de style” de Reymond Quenneau : une histoire racontée 101 fois par différents styles; le deuxième, c’est “Brassens, tughac d isefra”, il contient 216 chansons de Georges Brassens adaptées en kabyle.

Quant à la question pourquoi la traduction ? Je ne pense pas que la langue berbère soit la seule à faire et à avoir besoin de cela. Toutes les langues du monde traduisent et adaptent, sans pour autant que ça soulève des questions. Je n’ai donc pas à justifier le choix de traduire et d’adapter. Le lecteur berbère, si toutefois il existe, doit avoir le choix de lire tout ce qui s’écrit par ses semblables, à savoir les autres êtres humains.

Idles Magazine :Vous avez créé un site, pouvez-vous nous en parler ?

Amezian Kezzar :Oui, mon ami Mohand Lounaci et moi avons créé un site qui s’appelle Mare Nostrum Aracadia, dont voici l’adresse pour ce qui veulent le visiter : marenostrumaracadia. Il est en ligne depuis janvier 2010. Il met en valeur le fond culturel commun de la Médietranné antique, spécialement libyco-greco-romain. Le but est de remettre l’Afrique du Nord dans son milieu naturel, celui qu’elle n’aurait jamais dû quitter. Mare Nostrum, notre Mer, n’est plus aujourd’hui la source de savoir et d’échange entre les pays qui l’entoure, comme dans l’antiquité, elle est devenue un trou idéologique et dogmatique qui sépare les peuples, notamment ceux du Nord et ceux du Sud de la Méditerranée. Le retour aux sources antiques est une urgence, elle est même vitale, cela donnera à notre culture, civilisation et langue un second souffle, synonyme de Rennaissance. C’est ce que Mare Nostrum Arcadia propose.

Idles Magazine :Du nouveau pour la littérature ?

Amezian Kezzar :Nous avons certains projets de traduction qui seront, nous espérons, bientôt sur le marché, en collection Mare Nostrum Arcadia : des traductions de textes antiques, grecs et latins. Des textes philosophiques notamment. Nous ne pouvons pas vous avancer des dates de sortie, nous y travaillons. Nous, Mohand Lounaci et moi, avons beaucoup avancé dans la traduction d’Apulée “L’âne d’or” ou “La métamorphose”, histoire de rendre hommage à notre ancêtre Apulée, ce grand écrivain de l’Antiquité, qui pour nous, représente une réference comme Homère chez les Grecs et Virgiles chez les Latins. Pourquoi ne pas construire notre littérature autour de ce géant de la littérature antique ? Il était bien de chez nous, non ?

Idles Magazine :Le dernier mot ?

Amezian Kezzar :J’espère vous le dire dans 100 ans ou plus.

Entretien realisé par Aksil AFERSIG

Ci-dessous la rencontre littéraire organisée par l’Association ACB le mercredi 10 décembre 2014. Elle ouvre les guillemets à Ameziane Kezzar pour « Brassens Tuyac d isefra » « Brassens Chants et poésies » (Ed. Achab ) rencontre suivie d’une dédicace.

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